L'Occupation: les années noires d'hier, les années grises d'aujourd'hui

Oublier Vichy?

[...] La condamnation du régime vichyste semblait donc sans appel, d'autant que les nouvelles élites, à commencer par Charles de Gaulle, forgèrent dès 1944 le mythe d'une France unanimement résistante. L'exaltation de la France libre et la célébration de la geste clandestine permettait de solder à bon compte les errements de l'Etat français dont peu revendiquaient le funeste héritage. La mémoire de Vichy se réduisait à une curieuse amnésie dont la population se satisfaisait, reportant à d'improbables lendemains les examens de conscience. Certes, quelques voix, de temps à autre, rompaient l'omerta. Las d'être traités en parias, les anciens vichystes, dans leurs souvenirs se livrèrent assez tôt à une défense et illustration de leur action, montrant, disaient-ils, qu'ils avaient lutté pied à pied contre l'occupant. Mais ces plaidoyers pro domo se heurtaient à une indifférence polie, confirmant à rebours l'inconsistance des héritages vichystes.

Les années soixante-dix sonnèrent pourtant un dur réveil. Jusqu'alors enseveli dans le linceuil de l'oubli, l'Etat français suscitait désormais une curiosité passionnée. Stimulées par des œuvres sacrilèges (achevé en 1969, Le chagrin et la pitié sort sur les écrans en 1971), les jeunes générations exigèrent des comptes, transformant la question vichyste en un enjeu de mémoire pour le moins polémique. Invitées à se taire par un pouvoir gaulliste privilégiant le rassemblement sur l'exaltation des différences, rappelées à l'ordre par un Parti communiste défendant -sans distinction- la masse des opprimés dans sa globalité, des minorités exigèrent leur dû. Ne supportant plus le silence qui entourait la politique antisémite de l'Etat français, la communauté juive demanda des comptes. Les résistants métropolitains ignorés par le pouvoir gaulliste, revendiquèrent leur identité. Les patriotes vichystes exigèrent qu'on les dissocie de la lie collaborationniste et que l'on distingue l'avant 1942 de l'après. La mémoire devint donc un champ de bataille. A l'amnésie consensuelle refoulant Vichy succédait la dénonciation de l'Etat français; à la construction d'une mémoire nationale succédait l'émergence de mémoires spécifiques qui entendaient accéder à la reconnaissance. Quelques affaires, de Paul Touvier à François Mitterand, relancèrent les débats, prouvant que Vichy, aujourd'hui encore, reste "un passé qui ne passe pas".

Azéma, Jean-Pierre, Wieviorka Olivier. Vichy 1940-1944. Librairie Académique Perrin, 1997. 223.



Réévaluation, relecture

Sur Vichy en général

Entretien avec Pierre Nora: "Tout concourt aujourd'hui au souvenir obsédant de Vichy."

Danièle Lochak: "Écrire, se taire... Réflexions sur la doctrine antisémite de Vichy." (1996)

Déclaration de repentance de l'Eglise de France du 30 septembre 1997

Allocution de Jacques Chirac prononcée lors des cérémonies commémorant la rafle du Vel d'Hiv des 16 et 17 juillet 1942

Médecins: L'ordre et le repentir

Discours de Jacques Chirac du 5 décembre 1997 pour le dépôt aux Archives nationales, dans l'enceinte du Mémorial du Martyr Juif Inconnu, des fichiers de police des juifs constitués sous l'Occupation

Considérations sur la Révolution nationale

Etude de documents: les Français face à l'Occupation

Le régime de Vichy dans les manuels de Terminale: évolution

Polémique à la fac de droit de Bordeaux

La spoliation des biens juifs


Collaboration: le procès Papon


Compte rendu


Sur la Résistance: les Aubrac polémique


Sur leur rôle dans l'arrestation de Jean Moulin

Anne-Marie Obajtek-Kirkwood


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